François Ruffin | Que faire contre la finance ?

Les amis du Monde Diplomatique Versailles

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La dette permet de détruire l’autorité et l’indépendance des États. Le travail idéologique est si efficace qu’on arrive à être convaincu qu’il n’y a pas d’alternative au désendettement de l’État. La dette est aujourd’hui le plus puissant mécanisme pour faire tomber la protection sociale et tous les services de l’État.
Cependant l’Histoire nous apprend que dès l’antiquité il n’y avait souvent qu’une principale demande révolutionnaire : abolir les dettes, et ensuite redistribuer les terres. De la décolonisation de l’Inde à l’Amérique latine, les mouvements d’abolition des dettes ont été partout une priorité. Plus proche de nous, dans l’Histoire de France, nous rappelle François Ruffin, des alternatives ont existé. Des dirigeants de la France ont recouru à d’autres choix que la rigueur : l’impôt, la dévaluation, l’inflation, et surtout la banqueroute. L’effacement de la dette des États, c’est la banqueroute.

Le FMI annule partiellement des dettes en Afrique par exemple ou en Grèce. Les experts savent qu’une situation n’est pas viable, alors l’annulation des dettes de certains pays par le FMI est un moyen de préserver ce système. C’est la libéralisation des marchés financiers à l’échelle du monde, qui a permis l’explosion de la finance. Les accords de libres échanges entre l’Union européenne et le Canada, entre l’Union européenne et les Etats-Unis permettent un monde sous la coupe des transnationales industrielles ou financières, un monde globalisé où tous les territoires sont des « terrains de jeu » pour les firmes et les salles de marché.

Ainsi, au nom de la protection des investissements, les transnationales attaquent les Etats devant les tribunaux commerciaux. Résultat, les États se retrouvent contraint de dépenser des millions en frais d’avocats. Avec l’austérité, les citoyens paient la facture une deuxième fois et les jugements en faveur des transnationales ont force de loi, la démocratie est ainsi progressivement affaiblie. Les entités qui ont de réels intérêts économiques aux traités de libre-échanges et aux traités d’investissement bilatéraux ne sont pas des entreprises de « l’économie réelle », il s’agit en majorité des fonds de pensions qui cherchent à rentabiliser leurs rentes.

La banqueroute, c’est la rupture d’un engagement qui est pris à l’égard des rentiers. D’ailleurs que vaut cet engagement financier, à côté de l’autre engagement pris à l’égard des citoyens pour la scolarité, la santé, le droit à l’emploi bref à l’égard des droits de l’Homme. Il s’agit de mettre ces deux engagements dans la balance et de se demander : si le service de la dette finit par obérer les engagements qu’a l’État à l’égard des citoyens qui ne sont plus soignés, dont les enfants deviennent mal éduqués, ou qui ne trouvent plus d’emploi, qui n’ont plus de droits à la retraite, quel est l’engagement qu’il vaut mieux rompre ?

L’Islande a choisi d’emprisonner des banquiers parce qu’il faut pointer leurs responsabilités sur le plan pénal, et réintroduire un rapport de force. Confisquer les biens illégitimes comme en 1789. Jouer de l’anachronisme permet aussi de se remettre les idées en place.

source : les amis du Diplo Versailles

Que faire contre la finance ?

Par François Ruffin

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