Évelyne Pieiller | Les embrouilles idéologiques de l’extrême droite

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Le Monde Diplomatique, octobre 2013

Alain Soral tisse sa Toile

L’absence d’ambitions de la gauche, ou son incapacité à les réaliser, encourage l’extrême droite à la détrousser de ses idées les plus porteuses. Quitte pour celle-ci à y injecter sa véhémence, son acrimonie, ses obsessions nationales ou religieuses. Dans ce registre qui entremêle sans relâche « gauche du travail et droite des valeurs », Alain Soral est devenu une vedette du Net.

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Brouillage des repères idéologiques : Alain Soral à la manœuvre

Alain Soral, le fondateur et président de l’association « Egalité & Réconciliation » (E&R) est aussi à la tête de « Culture pour Tous » une entreprise qui contrôle 4 sites de ventes en ligne. Internet et les réseaux sociaux lui permettent d’avoir une audience et de la légitimité politique. L’objet social de l’association a évolué depuis les statuts de mai 2007 : « la promotion de l’idée de nation » est devenu en avril 2010 « la promotion des idées de l’essayiste Alain Soral sur la gauche des valeurs et la droite du travail ».

Qu’implique être à droite, qu’implique être à gauche ?

Serait-ce la fin des oppositions ? Ainsi, seuls le réalisme et le pragmatisme dirigent les gouvernements successivement élus, dans une implacable continuité économique. Les citoyens impuissants face à cette pensée libérale relayée sans cesse dans les médias, cherchent et croient trouver sur internet « des réponses prêtes à penser » qui concernent d’ailleurs plus l’émotion que la réflexion. Pour qui veut éviter le lavage de cerveau, le tri lexical devient une opération indispensable. La guerre des mots et des concepts prétend dépasser les clivages : conservateurs/révolutionnaires, progressistes/archaïques et bien sûr droite/gauche. Les réactionnaires s’activent, n’hésitant pas à subvertir le lexique et à détourner les réseaux qui s’étaient élaborés au fil des luttes, se présentant même comme révolutionnaires. Tout ceci se traduit dans un courant idéologique confus et il se passe quelque chose dans cette confusion là que l’extrême droite récupère et entretien. Colère et confusion : La colère parce que l’analyse critique du néolibéralisme est maintenant largement acceptée, mais ce qui manque, c’est la traduction politique de cette analyse critique du néolibéralisme : Le « Que faire ? » La gauche ne convainc pas du tout ; C’est dans cette espèce de désarrois des gens, qui savent que ça ne peut plus durer mais qui ne savent pas comment ça va changer, que beaucoup cherchent d’un site à l’autre en essayant de retrouver des bribes de ce discours contestataire qui leur convient.

L’obsession du juif, de la morale, de la famille et de la nation

Alain Soral a sauté dans le train des mouvements de la droite religieuse mobilisée autour de la défense de la famille, infiltrant les manifs contre le mariage pour tous, appelant à un « jour de colère ». Farida Belghoul, l’a rejoint à Egalité et Réconciliation, qui a envoyé des SMS pour pousser des parents à retirer leurs enfants de l’école. Toutes ces provocations marchent.

Soral avec un discours très perturbateur a par ailleurs un rapport stupéfiant avec l’antisémitisme : Du moment que quelqu’un lui déplait, il faut qu’il soit juif. Certains auditeurs de Soral ont un déni complaisant avec cette attitude et ce discours antisémite. C’est pourtant extrêmement important par rapport à sa définition de la nation. C’est même consubstantiel. Comment retrouver l’humanité de l’homme contre la violence de la mondialisation ? Soral et l’extrême droite proposent de retourner à la tradition. Ils appellent ça « nation ». C’est même le terroir avec un peu de Pétain dans le fond.

Recruter

L’association d’Alain Soral est un vivier pour le Front National. Ainsi Soral synthétise toutes les colères, mêmes les plus contradictoires, mêmes les plus illégitimes et il le fait d’une certaine manière parce que les partis politiques et les syndicats n’assurent plus le travail de formation politique qu’ils assuraient autrefois. Les gens passent grâce à Soral d’une colère à l’autre. Comme si Soral, cet olibrius sur son canapé, assurait la synthèse en quelque sorte de tous ces mécontentements, leur donnant une voix et un visage. Le fascisme serait-il en route vers le pouvoir ?

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